À la recherche d’un libre arbitre : quel genre de caillou voulons-nous être ?

Au début de mon expérience au sein d’une communauté de l’Arche, en 2013, je partageais le domicile d’un jeune homme dont l’attitude mettait quelques fois ma patience à l’épreuve. Dans ces moments, je me disais que je ne devais pas lui en vouloir parce qu’il avait une trisomie 21 et parce que j’étais là pour l’aimer. Mais dans la foulée, je me demandais quelle bonne raison je pouvais avoir de traiter avec moins d’amour n’importe quel autre de mes congénères sur la base d’une considération de caryotype. D’où me vient encore cette impression tenace qu’une personne mériterait mieux mon mépris ou mes insultes lorsqu’elle n’est pas titulaire d’une carte d’invalidité ? Pourquoi le malheur des innocents nous scandalise-t-il infiniment plus que celui des coupables ? Comment se fait-il que nous éprouvions un sentiment de justice en regardant la belle-mère de Blanche-Neige disparaître dans la souffrance et l’humiliation ?

Je pense que ces questions trouvent essentiellement leur réponse dans une illusion très puissante et éminemment taboue. Si vous le permettez, je voudrais vous dire que vous n’êtes pas libre de choisir autre chose que ce que vous choisissez. Mais je voudrais aussi vous expliquer pourquoi je pense fécond de le comprendre et pourquoi ça n’est pas censé vous accabler, bien qu’il puisse être insupportable a priori de songer qu’au moment où Abdoullakh Anzorov prit la décision d’assassiner un enseignant français le 17 octobre dernier, il n’avait aucune liberté de ne pas le faire.

DE QUOI PARLONS-NOUS ?

Aujourd’hui, le concept de libre arbitre m’apparaît trop profondément inconsistant pour être facilement définissable. Il s’agit d’un pouvoir que nous aurions d’agir différemment de la manière dont nous agissons, non pas en vertu d’une obscure indétermination quantique mais bien en tant qu’auteurs conscients de nos pensées et actions. C’est l’affirmation qu’à l’instant précis où Abdoullakh Anzorov tua sa victime, un autre à sa place, en maître de sa volonté propre, aurait pu faire un choix différent. Ceci rejoint un sentiment qui nous est familier, et pourtant c’est une idée bizarre quand on considère qu’être « à sa place » signifie avoir au même instant le même corps, les mêmes gènes, le même cerveau, le même passé d’expérience vécue, tout cela dans un univers strictement identique en tout point, atome pour atome.

En fait, essayer d’identifier la liberté dont nous essayons de parler est à peu près tout ce que je vais vous proposer dans un premier temps. Je pense que cela suffit à découvrir que derrière ce mot, nous ne parlons de rien. De rien du tout, pas même d’une chose concevable qui aurait simplement l’inconvénient d’être absente de la réalité.

QUELQUES FAITS POUR COMMENCER

En 1983, le physiologiste Benjamin Libet montra qu’une activité dans le cortex moteur d’un cerveau humain pouvait être détectée jusqu’à 700 millisecondes avant que la personne ne signale sa décision consciente d’agir en actionnant un bouton [1]. Mon cerveau serait-il en train de prendre mes décisions à ma place ? En 2008, d’autres chercheurs améliorèrent le protocole de Libet, et cette fois les sujets avaient un bouton dans chaque main. Non seulement l’expression d’un penchant pouvait s’observer dans leur activité cérébrale jusqu’à 10 secondes avant qu’elle n’arrive à la conscience, mais en plus les chercheurs pouvaient prédire à 60% sur quel bouton le sujet allait décider d’appuyer [2]. Aurais-je donc encore 40% de libre arbitre ? Que signifie ma liberté si un autre sait déjà ce que je vais en faire ? L’étude de l’intention fut approfondie depuis lors, établissant par exemple la possibilité d’induire la sensation de décision consciente d’une action motrice en stimulant précisément certaines parties du cerveau [3]. Ce genre de données en dit beaucoup sur la nature de nos choix en tant qu’événements parvenant à la conscience depuis l’obscurité de coulisses inconscientes.

Dans les années 1960, le psychologue et neuroscientifique Michael S. Gazzaniga s’intéressa de près au comportement des personnes au « cerveau divisé » (il arrive que, pour traiter des cas d’épilepsie sévère, le corps calleux reliant les deux hémisphères cérébraux de certains patients soit sectionné). Il fut stupéfait de découvrir que les deux hémisphères de ces patients fonctionnaient de manière partiellement indépendante. Chez ces personnes, l’hémisphère gauche (où dominent les fonctions du langage) peut s’exprimer oralement dans l’ignorance d’un centre d’expérience consciente qui semble bien exister par lui-même, en silence, dans l’hémisphère droit. Dans un ouvrage paru en 2011, Gazzaniga détaille ces observations très déroutantes pour notre sens commun et présente le cerveau humain comme une horde de circuits neuronaux fonctionnant sans système de supervision, « un monde de systèmes concurrents (…), chacun cherchant à émerger pour remporter le prix de la reconnaissance consciente. » [4]

Gazzaniga explique alors comment l’expérience consciente que nous faisons de décider nos actions est toujours une fabrication de notre cerveau a posteriori. Votre action précède la conscience que vous en avez, et vous voilà ensuite prêt à en servir une justification plus ou moins pertinente grâce à un « module interprète » logé dans votre hémisphère gauche. « Ces explications reposent toujours sur ce qui arrive à notre conscience, mais en réalité les actions et les sentiments se produisent avant que nous n’en ayons conscience. La plupart résultant de processus non conscients qui ne parviendront jamais à la conscience. Écouter les explications que donne autrui de ses actions est intéressant, et dans le cas des politiciens divertissant, mais c’est souvent une perte de temps. » [5]

« Il n’y a pas de fantôme dans la machine, pas d’élément secret qui serait vous. Ce « vous » dont vous êtes si fier est une histoire tissée par votre module interprète pour rendre compte au maximum de votre comportement, et qui nie ou rationalise le reste », écrit-il [6]. Bien entendu, mon sentiment d’un « moi » est si fort qu’aucune mesure scientifique ne peut me l’enlever.  « Il n’en demeure pas moins, et on peut le démontrer expérimentalement, que nos actions sont effectuées, terminées, achevées avant que notre cerveau n’en soit conscient. » [7]

Cependant, vous et moi n’avons pas besoin de démonstration expérimentale en laboratoire pour percer cette illusion. L’apport des neurosciences éclaire ici un problème plus simple qu’il n’y paraît.

QU’EST-CE QUE LA LIBERTÉ ?

Votre chien est-il libre de vouloir se promener et d’avoir des besoins naturels à satisfaire ? Est-il libre de préférer se retenir pour se soulager dehors plutôt que dans votre salon, ou l’inverse ? Oui : comme une pierre est libre de dévaler le flanc d’une montagne en empruntant tel chemin plutôt qu’un autre. La liberté, c’est aussi celle qu’ont les toupies de se mouvoir au gré de leur inertie, des reliefs et des obstacles. Même un Thomas d’Aquin conviendrait qu’il n’y a de libre arbitre pour le chien, la toupie ou le caillou. Si ça ne vous fait pas très plaisir, pensez plutôt à la différence entre un chien en cage et un chien « en liberté ». Le premier est prisonnier de sa cage quand le deuxième est seulement prisonnier de ses déterminants génétiques, sociaux et autres. Voilà comment se comprennent les libertés au sens politique, à savoir comme la possibilité laissée à ceux qui éprouvent des désirs de les réaliser. La cage se met en travers de la volonté du chien qui voudrait courir, tout comme son anatomie contrarie son éventuel désir de s’envoler.

Mais cette liberté-là n’est pas ce à quoi nous pensons en parlant de libre arbitre, lequel s’entend comme un genre de liberté de votre volonté elle-même : vous seriez libre de faire ce que vous voulez en un sens où vous seriez libre de vouloir ce que vous voulez. C’est à dire que vous seriez libre de vouloir le vouloir, de telle manière que vous seriez libre de vouloir vouloir ce que vous voulez vouloir… Un peu comme si vouloir n’était pas déjà vouloir.

Vous faites bien des choix, et ces choix sont importants ! Mais votre expérience consciente n’a pas le contrôle sur leurs causes profondes. Vous avez des gènes, une histoire passée, des circuits neuronaux et tout une ensemble d’influences – naturelles ou surnaturelles, peu importe – qui ont déjà décidé à votre place ce que vous alliez vouloir maintenant.

MAIS QUE FAIT LA CONSCIENCE ?

La liberté d’un caillou ne nous fait pas spécialement envie parce que les cailloux semblent dépourvus d’expérience consciente, et nous n’envisageons pas de liberté digne de ce nom sans elle.

Récemment, je me suis surpris sur le point de mettre une poêle à chauffer pour me préparer une crêpe (végane), et j’eus comme un sursaut de conscience en réalisant à quel point je venais d’agir sous l’effet d’une pulsion incontrôlée. Un désir de collation m’avait interrompu pendant que je travaillais mon violoncelle. Dans cette conscience du moment présent, je me suis senti beaucoup plus libre que je ne l’étais une seconde auparavant puisque désormais je pouvais résister à mon envie. Je détenais le pouvoir de décider vraiment : si je le voulais, je pouvais très bien remettre ma pâte au frais et revenir à mon poste de travail. Oui, mais allais-je choisir de vouloir ce que je voudrais ? 🥞

Conscient d’être le siège de deux désirs en conflit, j’étais le chien libéré de sa cage. D’un côté, j’éprouvais un désir immédiat de crêpes à la confiture. Avais-je librement choisi ce désir ? Bien sûr que non. De l’autre côté, j’étais conscient de vouloir fournir un effort de travail. Cette volonté, l’avais-je choisie ? Non plus : elle résultait notamment de ma croyance en la contribution de cet effort dans l’édifice d’un bonheur à long terme. Si cette croyance est vraie, alors je suis simplement chanceux de croire la vérité plutôt qu’une erreur, puisque mon bonheur en dépend. Et mon désir de bonheur, l’ai-je choisi ? Toujours pas. Parmi mes croyances, je n’ai pas non plus choisi de penser que mon bonheur nécessite à la fois des efforts à investir pour l’avenir et une certaine dose de plaisirs immédiats. Il se trouve que j’en suis resté à mon goûter ! Miam 😋 Oh, bien sûr, j’aurais aimé avoir la liberté de vous dire le contraire, mais je n’ai pas choisi de croire que mentir est mal, pas plus que je n’ai choisi de souhaiter faire le bien, malgré tous mes défauts.

D’aucuns penseraient que mon désir de crêpe a été plus fort que moi. J’ai sincèrement l’impression que j’étais très capable de résister à une envie comme celle-là, mais qu’est-ce à dire ? Si j’étais retourné à mon travail, pensais-je la bouche pleine, en quoi aurais-je pu dire que mon désir d’œuvrer pour mon avenir (ou celui de me prouver que je suis un être libre) n’aurait pas été « plus fort que moi » ? Qui peut bien être ce « moi » chef de moi-même ? J’ai simplement été conscient de ce qui m’arrivait. Avais-je choisi d’entrer dans cette drôle d’introspection ? Non. En l’occurrence, j’étais clairement sous l’influence de mes lectures du moment consacrées aux sujets de la conscience et de la liberté. À moins qu’un ange gardien m’ait interpellé à cet instant, mais c’est la même chose : moi, sujet conscient, je ne l’avais pas sonné.

Nous éprouvons des désirs, et parmi ceux-ci nous éprouvons certains désirs d’en changer. Certains vivent avec un désir de cigarette tout en désirant ne plus avoir envie de fumer, par exemple. Mais ces désirs n’étant pas choisis, la conscience et la connaissance n’ont aucun libre arbitre à offrir : elles vous déterminent seulement à mieux réaliser vos désirs, et je trouve ça déjà pas mal.

DÉLIVRÉ PAR LE HASARD ?

La liberté est souvent mise à l’honneur s’agissant de rendre compte d’un créateur tout-puissant qui « permet » le mal. Mais que la notion de permission peut-elle signifier ici ? Un monarque peut permettre à ses sujets de faire ce qu’ils veulent parce que leur volonté elle-même échappe à son pouvoir, tout comme il peut permettre aux arbres de pousser en ne décidant pas de les arracher. 🌳 Si vous êtes tout-puissant, c’est de vous-même que dépend la croissance des arbres, ainsi qu’aucune feuille ne tombe de la moindre branche en dehors de votre contrôle. Mieux encore, si vous connaissez déjà vos propres décisions à venir, voilà que la notion de choix ne veut plus rien dire pour vous non plus.

Dans une conscience et une connaissance totales, vous découvrez que ni vous ni rien d’autre n’est plus « libre » qu’un caillou. Et il n’y change rien que vous soyez un genre de divinité hors du temps, si ce n’est que sans temps il n’y a rien à désirer, rien à choisir, rien à créer, rien à espérer, aucun ange à déchoir ni aucun larron à pardonner. Sans temps, vous êtes un dieu au chômage, sans liberté d’aucune sorte à exercer.

Nous commençons à entrevoir à quel point le sentiment de libre arbitre ne vient que de l’ignorance, sans que l’ignorance ne rende libre pour autant. Cette ignorance est d’abord celle du « hasard » dont vous parlez lorsque vous jouez aux dés ou au loto, parce qu’elle vous rend incapable de contrôler les causes et de prédire les effets. L’ignorance de votre prochaine décision vous procure l’impression de pouvoir en prendre une autre, mais je vous promets que vous prendrez bien celle-là.

Qu’Einstein me pardonne, supposons maintenant que dans votre divine toute-puissance, vous puissiez vous rendre ignorant vous-même de sorte à renoncer au contrôle de ma volonté comme vous tireriez au sort le génome de vos créatures ou la chute des feuilles en automne. On se demande déjà de quel « sort » on est en train de parler, mais l’on voit surtout que la question de la liberté nous ramène seulement à celle de la responsabilité. Tel un capitaine abandonnant son navire aux mains de passagers qui n’avaient rien demandé, c’est vous qui créez les choses de cette manière plutôt qu’autrement. Alors soyez sympa, s’il vous plaît, et je vous le demande tout en sachant que vous ne choisirez pas ce qui vous plaît ou vous déplaît.

Certains chérissent le hasard de Niels Bohr défiant tout réductionnisme comme garantie de leur liberté : « Ouf, l’avenir n’est pas déjà écrit par la physique newtonienne ! » . Ça n’est pourtant d’aucun secours pour le libre arbitre. Au lieu d’être contrainte par des causes antérieures, votre volonté est contrainte par un hasard que par définition vous ne contrôlez pas. Au lieu d’être un caillou, vous êtes plutôt un électron… Allons bon !

Vous ne pouvez pas choisir votre volonté parce que choisir, c’est déjà vouloir. Être l’auteur conscient de nos pensées nécessiterait de pouvoir penser nos pensées avant de les penser. Or, penser, c’est déjà penser. Le problème est aussi simple que cela.

LIBRE D’ÊTRE FORCÉ ?

Lorsque quelqu’un pointe une arme sur votre tempe pour obtenir quelque chose de vous, en quoi vous force-t-il ? Dans ces conditions, vous avez la liberté de choisir entre exaucer votre assaillant et mourir d’une balle dans le crâne. Pourtant, dans cette situation, la plupart des survivants considèrent avoir agi sous la contrainte : n’ayant pas choisi de souhaiter vivre encore un peu, le choix qu’ils ont fait s’est imposé à eux, tout comme un choix différent s’est imposé à ceux qui préférèrent la mort. Parmi les choix que vous posez dans votre vie y en a-t-il un seul qui fonctionne autrement ?

Pourquoi dire que vous êtes obligé d’aller au bureau lundi prochain ? Pourvu que vous ayez un travail et des jambes pour vous porter, vous pourriez très bien choisir de rester au lit en dépit de vos engagements contractuels. Après tout, il ne s’agit que d’un choix à faire entre votre grasse matinée et votre emploi. Oui, mais pour faire ce choix librement, vous devrez d’abord avoir conscience de ce qui se joue. Or, vous n’aurez jamais conscience de l’intégralité des enjeux, lesquels dépassent certainement de très loin votre situation personnelle, et vous ne choisirez pas d’avoir conscience de ce dont vous aurez conscience. Mais même si tel était le cas, comment choisirez-vous d’avoir la préférence que vous aurez à ce moment-là pour l’une ou l’autre option ?

Le Jésus des Évangiles vous laisse libre de ne pas l’accepter comme sauveur : il vous prévient juste qu’il va le dire à son papa et que vous passerez un mauvais quart d’heure (Jn 3,36). Là encore, comment choisiriez-vous de croire ou non à ces menaces ? Et si vous les prenez au sérieux, comment choisirez-vous de préférer ce que vous préférez ? Lorsque vous vivez une riche expérience de vie intérieure et que vous l’interprétez comme une rencontre personnelle avec une divinité, vous ne choisissez pas d’être sous l’influence de perceptions, d’idées, de souvenirs et d’états émotionnels qui sont les vôtres à ce moment-là. Le « saut de la foi » que vous faites « librement » est un choix que vous êtes obligé de faire parce que vous n’avez pas choisi de croire que ce saut est le meilleur chemin à prendre vers une joie transcendante, et vous n’avez pas choisi votre désir de joie. En quoi votre liberté se distingue-t-elle de celle d’un lion qui ne choisit pas non plus son désir de vivre et n’a pas d’autre option pour sa survie que de dépecer des antilopes à vif ?

VOUS ÊTES MANIPULÉ

Vous ne choisissez pas vos pensées. Nous savons cela de l’observation de cerveaux humains en fonctionnement, mais nous savons aussi que l’expérience consciente de choisir est déjà une pensée. Les pensées telles que les choix et décisions apparaissent comme les autres à la surface de la conscience sans que vous ne le décidiez davantage que vous n’êtes en train de décider de faire battre votre cœur.

Par exemple, si je vous demandais : « Veuillez penser à une chèvre s’il vous plaît », votre cerveau rationnaliserait peut-être en ajoutant une autre pensée (« D’accord Victor, c’est bien parce que c’est toi ! »), mais en réalité, j’aurais tout simplement programmé en vous la pensée d’une chèvre. Quant à moi, j’ignore pourquoi j’ai choisi la chèvre au lieu du tabouret. Je n’ai pas choisi ce qui m’a fait faire ce choix et ça n’aurait aucun sens de dire que j’étais libre d’écrire tabouret.

Si vous me dites quelque chose comme : « Fais de beaux rêves », l’effet attendu est déjà moins certain (je ferai de mon mieux, c’est promis !), mais l’on peut espérer que cette marque de bienveillance agisse effectivement sur la qualité de mon sommeil. De même, si vous me dites : « Fais un effort, couche-toi plus tôt ! », il est possible que cela suscite en moi des prises de conscience, des intentions et des décisions.

Vous êtes constamment manipulé, y compris fortuitement par des choses que votre sort indiffère ou par des êtres qui vous aiment et veulent votre bien. Vos intentions et décisions sont des événements théoriquement programmables. Nous pouvons concevoir d’influer sur l’agressivité de vos comportements conscients en modifiant votre taux de sérotonine, par exemple. Je ne suis pas en train de dire qu’il serait toujours moral de faire cela sans que vous ne le vouliez d’abord, mais l’on pourrait imaginer programmer toutes sortes de modifications de votre personnalité en agissant sur diverses substances de votre cerveau ou sur l’expression de vos gènes.

La lecture de ce texte est en train de produire des effets sur votre activité cérébrale. Ces effets vous n’êtes pas en train de les choisir, et ils auront des répercussions sur le fil de vos prochaines pensées. D’ailleurs, laissez-moi vous annoncer que j’ai soigné ma rédaction de manière à essayer de capter votre attention et de vous convaincre, autrement dit, de vous manipuler.

ANGES ET DÉMONS

Si mes allusions aux doctrines religieuses peuvent passer pour purement provocatrices, je vous prie de croire (comme si vous alliez choisir de me croire ou non…) que ces dernières me semblent à la fois les plus partisanes de l’idée de libre arbitre et celles qui la martyrisent le plus. Ce seul sujet pourrait faire l’objet de plusieurs pages, mais je souhaiterais très brièvement consacrer une parenthèse à en relever quelques points.

Le catholicisme enseigne que la révolte de Satan est un choix irrévocable [8]. Où est donc sa liberté ? Et que pourrait bien signifier le « libre » choix d’un ange de se rebeller contre son propre créateur, cédant à une jalousie qu’il avait pleinement la possibilité de surmonter et consacrant ainsi son existence à attirer les humains vers un abysse de désespoir éternel ? S’il existe des personnes malheureuses au point de désirer le rester, n’est-il pas profondément insensé et obscène de dire qu’elles choisissent « librement » leur extrême détresse ?

Les âmes déjà sauvées, de leur côté, ont-elles encore la liberté de se damner ? Le catéchisme nous apprend qu’elles « vivent pour toujours avec le Christ. (…) Dans la gloire du ciel, les bienheureux continuent d’accomplir avec joie la volonté de Dieu par rapport aux autres hommes et à la création toute entière. » [9] De quelle manière seriez-vous libre de contrarier Dieu si l’on sait que vous n’en aurez plus jamais l’intention ou que vous aurez toujours la volonté suffisante d’y résister ? De quelle liberté parle-t-on lorsqu’on affirme en même temps qu’elle ne sera jamais exercée ?

Ce dieu n’est-il pas censé avoir privé les oiseaux de la liberté de respirer sous l’eau et n’est-il pas censé avoir privé les lions de pouvoir se nourrir de graines, parmi une infinité de choix que chacun de nous n’a pas la liberté de faire ? En quoi serait-il plus scandaleux qu’il prive tout être vivant et tout caillou de pouvoir causer le mal ?

Peut-être n’êtes-vous pas convaincu par mes arguments. Quand bien même j’aurais raison, c’est donc que je ne suis pas assez convaincant. Lorsque nous croyons une erreur, nous n’avons pas la liberté de croire autre chose, pas plus que nous n’avons celle de découvrir notre erreur lorsque cela arrive. Et si après avoir découvert notre erreur nous y persévérons en décidant de mentir d’une manière ou d’une autre, c’est que quelque chose nous fait croire que nous avons besoin de mentir.

Vous n’avez pas contrôlé la sélection naturelle dont vous êtes un survivant, pas plus que n’ont choisi de disparaître ceux qui périrent avant même de naître. Vous n’avez pas choisi d’hériter de gènes qui font de vous un individu plus coopératif que n’importe quel chimpanzé, pas plus que votre adorable chien n’a choisi d’hériter de la gentillesse et de la loyauté de ses ancêtres. Mais quand bien même vous auriez choisi tout cela à la fois, où serait votre libre arbitre ? Quand bien même vous auriez choisi d’éternuer tout à l’heure, de faire ce rêve érotique la nuit dernière ou d’avoir ce fou-rire inopportun en réunion, quelle signification aurait d’appeler « libre » votre volonté ainsi accomplie ?

En quoi pourriez-vous être libre de choisir une autre pensée que celle qui vient à votre esprit, une autre opinion que celle qui vous semble la bonne, une autre croyance que celle qui vous paraît vraie, d’autres désirs que ceux que vous éprouvez, et comment feriez-vous d’autres choix conscients que ceux dont vous croyez avoir besoin pour réaliser ces désirs ? En quoi Abdoullakh Anzorov pourrait-il avoir été libre de naître à tel endroit et à telle époque, de faire les rencontres qu’il a faites, de recevoir tel enseignement, d’acquérir telle conviction morale, d’avoir confiance en telle autorité et d’avoir la volonté d’exaucer un dieu qui communique à travers les pages d’un vieux livre ? Vous êtes un peu différent de ce que vous étiez hier et un peu différent de ce que vous serez demain, mais vous n’êtes pas libre d’être autre chose que ce que vous êtes.

SANS LIBERTÉ, À QUOI BON ?

Je suis forcé-de-vouloir-choisir de mettre au clair que je ne suis pas en train de parler de fatalisme. Si j’essaye d’attirer votre attention sur ce que je pense, c’est bien parce que je sais que les pensées changent. Ce que suggère brillamment Steven Spielberg dans Minority Report consiste à dire que, quel que soit ce dont dépend l’avenir, nous avons souvent tort de croire déjà le connaître.

Dans les difficultés il n’y a pas de « moi » qui trouve en moi-même la volonté de résister à mes désirs mauvais, la force de demander l’aide d’un ami, ou celle d’un thérapeute. Tout comme je suis « forcé » de vouloir faire les efforts dont je prends conscience d’avoir besoin, je souhaite aux personnes malheureuses qu’elles soient « forcées » de trouver un chemin de bonheur, fût-ce au soir de leur vie, et ce souhait est une pensée que je n’ai pas choisie plus qu’une autre. La possibilité que le coup de vent chasse la tornade causant le mal n’implique aucune « volonté libre » ni du coup de vent ni de la tornade.

Ce que vous avez fait dans le passé, nous savons que vous n’aviez pas le pouvoir de ne pas le faire, mais vous ne savez pas quelle pensée apparaîtra à votre esprit dans une seconde, et vous ne savez pas ce dont vous êtes capable là, maintenant. Certes, nous savons que vous ne serez pas capable de faire pleuvoir si vous êtes un humain, nous savons que vous ne serez pas capable de rire si vous êtes un nuage, et quoi que vous soyez nous savons qu’à chaque instant vous serez seulement capable d’une chose et pas d’une autre. Mais si j’en appelle à la volonté dans mon titre, c’est parce que cette question est déjà une pensée qui change la donne.

Il n’y a rien dans ce que je dis qui nous empêche d’espérer que vous trouviez la volonté, la force et le soutien qui vous tireront de la dépression ou de l’alcoolisme qui vous accable peut-être aujourd’hui. Je n’aurais pas tant d’espoir pour un caillou, mais ça n’est pas un problème si j’ai raison de croire que les cailloux ne sont sujets ni à la dépression ni à l’alcoolisme. Lorsque « je » décide de voir des amis pour soigner mon moral, il s’agit d’une pensée survenue à ma conscience après qu’y soit apparue la pensée que j’avais besoin de cela pour être forcé à changer de pensées.

Percer l’illusion du libre arbitre n’anéantit pas la notion de liberté dans l’absolu. Comme le caillou peut se trouver éjecté de l’un ou l’autre sillon au cours de sa descente, vous pouvez être libéré de la souffrance physique, libéré de la peur, libéré de la paresse, libéré du mensonge ou d’un tas d’autres cages possibles, avec ceci en plus que vos libérations à vous sont porteuses de réjouissance.

ET MA RESPONSABILITÉ ALORS ?

Les enfants et certains adultes sont parfois considérés comme non-responsables. De même que les chiens, les moustiques et les tsunamis. Pourquoi cela ?  La question est de savoir ce que signifie d’être responsable et envers qui nous le sommes.

La responsabilité n’est pas une chose qui existe objectivement dans l’univers, ni n’est logée dans un coin de votre cortex cérébral. Michael Gazzaniga se réfère à John Locke pour suggérer qu’elle se trouve « dans l’espace entre les cerveaux » [10]. C’est à dire que la responsabilité est une propriété émergente des relations sociales. Les responsabilités sont relatives ; elles s’ajoutent et elles s’emboîtent en différents niveaux. Les parents portent la responsabilité des actes de leurs jeunes enfants dans la mesure où ils ont causé leur existence et ont un pouvoir considérable sur eux. Cette responsabilité, les adultes la perdent petit à petit à mesure que la croissance des enfants altère les rapports de puissance. Mais ce niveau-là de responsabilité ne change rien au fait que des petits enfants entre eux, dans un milieu qui est le leur, se tiennent pour responsables de leurs comportements les uns vis-à-vis des autres, tout comme les membres d’une meute de chiens sauvages se rendent bel et bien des comptes selon les besoins collectifs et individuels.

Même le chef de l’État, malgré tous ses pouvoirs, est très impuissant devant l’éventualité que vous décidiez d’agresser votre voisin dans une heure. Ses prérogatives ne lui ont pas fourni de quoi constituer votre génome, par exemple, et au bout du compte il est très peu capable de décider de vos intentions ou même de les connaître. Que nous soyons l’invention d’un grand ingénieur omnipotent ou non, cela ne change rien aux liens de responsabilité que nous tissons entre individus faillibles que nous sommes de toutes les manières. En revanche, il n’aurait aucun sens que ce créateur-là vous demande des compte de quoi que ce soit. Si vous êtes tout-puissant, vous êtes aussi tout-responsable.

« C’EST PAS MOI, C’EST MON CERVEAU ! »

Vous tenir pour responsable, c’est vous identifier comme une cause appréhendable de ce qui arrive, même lorsque nous savons que l’entière réalité des causes existe dans une chaîne d’événements qui vous dépasse totalement. Dans un petit livre sobrement intitulé Free will, le neuroscientifique et philosophe Sam Harris propose une comparaison entre plusieurs assassins dont les deux suivants en particulier.

– L’un est un homme de 25 ans qui fût élevé par des parents merveilleux et n’ayant jamais été maltraité ; il a intentionnellement tué une jeune femme.

– L’autre est un homme de 25 ans qui fût élevé par des parents merveilleux et n’ayant jamais été maltraité ; il a intentionnellement tué une jeune femme. On découvre qu’une tumeur affectait son cortex préfrontal ventro-médian, une région responsable de la régulation des émotions. [11]

La connaissance de cette tumeur ne change-t-elle pas considérablement l’idée que nous nous faisons du coupable ? Nos intentions conscientes ont des causes dont nous sommes inconscients, et notre ignorance des causes fait place à une illusion de libre arbitre.

Songer à quel point nos comportements sont toujours des conséquences d’influences non choisies éclaire la nécessité morale d’une justice tournée vers l’avenir. Lorsqu’un caillou tombe sur votre visage parce qu’un humain l’a intentionnellement propulsé dans votre direction, le caillou et l’humain sont dans des situations qui ne se traitent pas de la même manière parce que les faits nous renseignent différemment sur le danger que l’un et l’autre représentent pour demain. À bien y regarder, c’est le caillou qui vous a blessé. Mais nous n’avons pas de raison de penser que ce caillou-là vous agressera de nouveau, tandis que le geste de la personne l’ayant mis en mouvement nous dit tout autre chose sur les propriétés actuelles de son esprit et ce que l’on peut en attendre. Beaucoup d’entre nous conviendront que l’objectif le plus juste possible demeure de chercher à minimiser le malheur de chacun dans l’avenir.

A priori, nous n’avons pas trop de souci à nous faire pour le bien-être du caillou. Dans l’intérêt de la victime et de futures victimes potentielles, l’agresseur devra possiblement être mis hors d’état de nuire en tant que source de danger, mais cela ne nous empêche pas de prendre en considération sa souffrance. Mesurer que la personne est victime de sa situation, c’est commencer à lui souhaiter mieux qu’une vie de violence et un meilleur avenir qu’en captivité si cela devenait réalisable.

Dans l’exemple présenté ci-dessus, vous aurez peut-être relevé le mot « responsable » employé à propos d’une partie de cerveau en dysfonctionnement. Penserait-on qu’il faut punir ce cerveau ? Non, bien sûr, il s’agirait plutôt de le réparer. Même si la question se pose entièrement de savoir dans quelle mesure on peut réparer les cerveaux en punissant leurs propriétaires, percer l’illusion du libre arbitre a le pouvoir de purger nos besoins d’infliger des châtiments sans perspective de l’après. S’il est parfois nécessaire de tenir certains humains à l’écart des autres pour le bien commun, nous voyons à quel point ceci est un mal rendu nécessaire par notre inaptitude momentanée à les soigner.

Faut-il redouter que tout cela nous précipite dans une effroyable culture de l’excuse ? Devant cette crainte me vient la question suivante : comment prédirions-nous que les membres d’une meute de chiens se comporteraient s’ils avaient conscience de leur déterminisme ?

Si je faisais valoir auprès d’un juge que je n’ai pas choisi mon intention de tuer mon voisin, il ne pourrait pas me donner tort. À juste titre également, lui me répondrait qu’il n’a pas choisi de souhaiter neutraliser la cause du danger que représente mon cerveau, n’ayant pas choisi de souhaiter la sécurité de mes concitoyens, n’ayant pas choisi d’ignorer comment neutraliser cette cause autrement qu’en m’enfermant quelque part faute d’une meilleure solution pour le bien de tous. Avec ça nous serions tous les deux biens désolés du mal occasionné, mais savoir cela fait partie de ce qui me détermine à souhaiter ne pas tuer mon voisin (sans compter que je ne pourrai plus lui emprunter sa perceuse). Vous pourriez tout aussi bien dire à votre meilleur ami que vous n’avez pas désiré votre désir de coucher avec sa femme, et lui ne choisira pas de n’avoir plus confiance en vous.

« Considérer les êtres humains comme des phénomènes naturels ne doit pas nuire à notre système de justice pénale », écrit Harris. « Si nous pouvions incarcérer les séismes et les ouragans pour leurs crimes, nous construirions également des prisons pour eux. Nous combattons les épidémies émergentes – et même occasionnellement les animaux sauvages – sans leur attribuer de libre arbitre. » [12]

FINALEMENT, QU’EST-CE QUE ÇA CHANGE ?

Vous l’aurez compris, nous ne parlons pas d’un défaut de compétence que l’on commencerait à résoudre en devenant des super-héros de la cognition. C’est bien la vacuité d’un concept que je souligne.

Une étude a montré que la lecture d’un argument contre l’existence du libre arbitre rendait les sujets plus enclins à tricher lors d’un examen subséquent. [13] Une autre a mesuré une tendance à moins de serviabilité et plus d’agressivité [14]. Quelques critiques furent faites envers la méthodologie à l’œuvre [15] et je ne sais pas exactement quel texte on a fait lire aux participants, mais j’espère ne pas avoir exercé de mauvaise influence sur vous. Par ailleurs je ne suis pas sûr que ces tristes résultats reflètent le comportement que nous aurions dans un contexte où la plupart des humains auraient conscience d’avoir la même liberté qu’un caillou (ou qu’un électron). Quoi qu’il en soit j’estime vous devoir ces informations. Elles font possiblement partie de la vérité à connaître pour que la connaissance de notre déterminisme fasse de nous de meilleures personnes et non des tricheurs violents.

 « Perdre ma croyance dans le libre arbitre ne m’a pas rendu fataliste – en fait, cela a accru mon sentiment de liberté », écrit encore Sam Harris [16]. En effet, ma conscience de ce qui me détermine fait aussi partie de mon déterminisme. C’est une chose de savoir que j’agis mal, mais c’en est une autre de savoir que j’agis mal parce que je suis de mauvaise humeur et que ma mauvaise humeur me vient d’un manque de sommeil ou d’une carence en zinc. Je n’étais pas libre de mal dormir, mais la conscience que j’ai du problème me détermine à vouloir le résoudre et à savoir comment m’y prendre, par exemple. Il n’y a rien qu’on puisse intelligemment appeler « volonté libre » là-dedans : je ne choisis ni ma conscience d’avoir un problème, ni mon désir d’être de bonne humeur.

Se poser la question de notre liberté permet de mieux connaître de quelle manière nous sommes responsables envers nos semblables, nos enfants, les plus faibles et les terriens de demain. Sans conscience d’être sous contrôle d’influences inconscientes, on peut faire croire aux autres toutes sortes de choses farfelues, mais en plus de ça on peut leur faire croire qu’ils ont « librement » choisi de les croire. Découvrir que nous ne choisissons pas nos pensées sert à ne plus parler (ou se taire) sans discernement au prétexte insensé que chacun serait libre de penser ce qu’il veut. Cela sert à ne plus accabler les enfants de responsabilités qui ne peuvent pas être les leurs et à ne plus leur enseigner que les preuves et les arguments sont des ennemis de leur liberté. Cela sert à ne plus justifier le mal en se croyant tenu de dédouaner sans cesse et à tout prix un éventuel père céleste qui serait capable de tout mais responsable de rien. Les injustices existent et il est permis de dire qu’elles sont injustes.

Ce que j’ai appris en vivant à l’Arche avec des personnes porteuses de handicaps mentaux, je l’ai réappris en lisant Sam Harris. Ne sommes-nous pas victimes de nos invalidités personnelles chaque fois que nous faisons le mal contre autrui ou contre nous-même ? Qui d’entre nous mérite fondamentalement moins que de la compassion et du soin ? J’ai conscience que certaines victimes de grandes violences trouveront insoutenable de penser ceci de leurs bourreaux, mais comprendre que chacun d’entre nous a toujours été forcé de faire ce qu’il fait dissipe petit à petit les rancœurs et les désirs de vengeance. Dans notre grande impuissance nous pouvons entrevoir le mince pouvoir que nous avons de « forcer » autrui à aimer chaque fois que nous fournissons auprès de lui un effort de patience, que nous lui demandons pardon, que nous lui témoignons de l’estime le jour de son anniversaire ou que nous l’encourageons à faire soigner sa tumeur au cerveau. Nous continuerons à corriger les enfants et à neutraliser les comportements criminels, mais nous le ferons peut-être différemment en sachant que nous fonctionnons comme des séismes et des ouragans.

J’ai bien la sensation d’être un « moi » capitaine aux commandes de ma propre personne, accroché quelque part derrière mes yeux, et pourtant je peux voir ceci disparaître dans le néant non seulement sous l’éclairage des sciences mais également en observant attentivement comme mes sensations, mes perceptions, mes désirs, mes souffrances, mes joies, mes distractions, mes jugements, mes rêves et mes décisions sont des objets qui ne font que surgir dans le même espace depuis une obscurité lointaine. Oserais-je dire que cette expérience est libératrice ? La vie est telle que certains ont de la chance et d’autres n’en ont pas, c’est tout, mais à cet instant j’espère que cette lecture aura plutôt été une chance pour vous et le monde qui vous entoure.

Victor Rességuier


[1] B. Libet et al., Time of conscious intention to act in relation to onset of cerebral activity, Brain 106, p.623 – 642 (1983)

[2] C.S. Soon et al., Unconscious determinants of free decisions in the human brain, Nature Neuroscience 11, p.543 – 545 (2008)

[3] Desmurget, M., Reilly, K. T., Richard, N., Szathmari, A., Mottolese, C., & Sirigu, A. (2009). Movement intention after parietal cortex stimulation in humans. Science (New York, N.Y.), 324(5928), 811–813

[4] Michael S. Gazzaniga, Le libre arbitre et la science du cerveau, éd. Odile Jacob, p. 77

[5] Michael S. Gazzaniga, id. p. 88

[6] Michael S. Gazzaniga, id. p. 121

[7] Michael S. Gazzaniga, id. p. 125

[8] Catéchisme de l’Église catholique §392

[9] CEC §1023, 1029

[10] Michael S. Gazzaniga, id. p. 150

[11] Sam Harris, Free will, éd. Free press, p. 50

[12] Sam Harris, id. p. 56

[13] Vohs KD, Schooler JW. The Value of Believing in Free Will: Encouraging a Belief in Determinism Increases Cheating. Psychological Science. 2008;19(1):49-54

[14] Baumeister RF, Masicampo EJ, DeWall CN. Prosocial Benefits of Feeling Free: Disbelief in Free Will Increases Aggression and Reduces Helpfulness. Personality and Social Psychology Bulletin. 2009;35(2):260-268

[15] https://theconversation.com/search-for-free-will-pits-scientists-against-philosophers-6981

[16] Sam Harris, id. p. 46

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